À savoir

L’édition érotique sort de sa niche

Jadis confidentielle et censurée, la littérature érotique s’étale aujourd’hui dans les librairies. Or, l’édition érotique a longtemps constitué une « niche » : un marché où il y avait peu de concurrence du fait de sa faible rentabilité et du nombre restreint de lecteurs.

Avertissement. Cet article nous apporte de l’audience, mais aussi des manuscrits à évaluer pour publication. Or, ce n’est pas notre métier. Nous ne sommes ni une maison d’édition ni des agents littéraires, mais une agence éditoriale : ne nous envoyez pas de manuscrits !

Si beaucoup d’autres niches existent à côté de l’érotisme (le jardinage, les carnets de voyage, la philatélie…), les grandes maisons d’édition préfèrent miser sur des thèmes au public plus large. Or, l’engouement massif pour les frottis-frottas un brin déviants du vilain Monsieur Grey et de l’ingénue perverse Anastasia accélère une évolution amorcée quelques années avant la déferlante Cinquante nuances. À pas de loup tout d’abord, avec la délicatesse d’un éléphant désormais, l’édition érotique sort de sa niche.

La littérature érotique a une histoire

Avant de l’écrire, les hommes ont dessiné l’amour physique, au même titre que les scènes de chasse au mammouth. La littérature érotique est aussi vieille que la littérature : il suffit d’ouvrir L’Assemblée des Femmes d’Aristophane (né en 446 av. J.-C.) pour le vérifier. Les Romains ne furent pas en reste. Et le Moyen Âge, en dépit de l’obscurantisme qu’on lui colle au train, eut aussi ses sulfureux.

Depuis, l’édition érotique goûtait l’interdit. Malgré les efforts de quelques zélés de la censure (Claude Le Petit, auteur du Bordel des Muses, fût tout de même brûlé vif en 1662), elle a résisté, à la fois réceptacle des désirs humains et acte de contestation. Elle circulait sous le manteau, bonne pour la niche.

Elle a osé l’édition érotique

Une niche, c’est exigu et intime, c’est un lieu réservé à un petit nombre d’élus ou de damnés. Les maisons spécialisées dans l’édition érotique sont peu nombreuses : les grands groupes, chasseurs de profit, ont longtemps préféré miser sur des thèmes plus consensuels pour répondre aux attentes avouables des consommateurs.

La Musardine est une de ces maisons qui ont osé. Une musardine, au XVIIIe siècle, est une prostituée qui tapine en se promenant, en musardant. La maison d’édition du même nom publie actuellement 120 titres par an. Plus de 60 000 maris bien intentionnés ont offert à leurs femmes le best-seller Osez la Fellation. Le catalogue de La Musardine est équilibré, de l’érotisme soft (la collection « Osez » représente 50% des ventes) au porno cru (les romans d’Esparbec et son bestseller, La Pharmacienne).

En marge du grand public, la Musardine a tracé son petit bonhomme de chemin en tant qu’éditeur spécialisé. Oui, mais…

« L’érotisme survit à tout. »

La Musardine (et sa rivale provocatrice, les éditions Blanche) a vu Lattès s’approprier son fond de commerce en achetant les droits de l’ouvrage d’EL James. Depuis, la niche menace d’exploser. Tout se passe comme si le grand public découvrait la littérature érotique, l’effet de mode l’autorisant à parcourir des pages au contenu jusqu’alors réservé.

Les grandes maisons, désireuses de croquer la pomme, raclent leurs fonds de tiroirs à la recherche d’un manuscrit un tant soit peu licencieux et remettent en piste quelques succès passés (Emmanuelle, La vie sexuelle de Catherine M.…). Leur puissance de promotion fait le reste : les livres se vendent comme des petits pains et les lecteurs, trop contents d’être dans le coup, les dévorent dans les transports en commun.

La vague érotique inonde la sphère littéraire, ouvrant un champ des possibles beaucoup plus vaste : les ventes de sextoys ont ainsi augmenté. 52 % des hommes et 40 % des femmes déclarent rêver de « faire tout le temps l’amour » (voir le Roll’Cube Coquin, réalisé par Mativox et publié par Solar en 2011 et le magazine Spécial Sexualité, pondu lui aussi par notre agence et publié en 2017 par Diverti). Il n’est pas surprenant que cette effervescence trop longtemps contenue éclate en une multitude de petites bulles polissonnes.

L’élan soudain de l’édition érotique se fait-il pour le meilleur ou pour le pire ? Le changement est-il durable ? Bien malin celui qui saurait prédire la suite des événements. Cependant, que les disciples d’Éros folâtrent sereins : essentiellement protéiforme et fantasque, « L’érotisme survit à tout. » (Paul Bourget)

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By maki

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